Mathurin Méheut

Un artiste combattant

Le 1er août 1914, jour de la mobilisation générale, Méheut se trouve au Japon, étape privilégiée d'un tour du monde offert par Albert Kahn. Rappelé en hâte, le sergent Mathurin Méheut rallie le front près d'Arras, le 5 octobre 1914, et ne sera démobilisé qu'en février 1919.
 
Entre 1914 et 1918, Méheut a combattu sur presque tous les fronts. De 1914 au début de 1916 en Artois et en Argonne, il participe en 1ère ligne aux violents combats de la guerre de tranchées. En 1916, ses talents d'observateur et de dessinateur ajoutés à la qualité de ses relevés cartographiques le conduisent au Service Topographique de l'armée à Sainte-Ménehoud dans la Marne.
 
Entre chaque assaut, l'artiste consacre l'essentiel de son temps libre à «croquer» ses «braves poilus». Quotidiennement et par tous les temps, en première ligne, dans les tranchées comme au cantonnement, il fait des croquis, peint des gouaches et des aquarelles. Il s'attache aux détails, à ces petits riens qui disent de la vie telle qu'elle est. De ses visions de l'enfer, Méheut restitue les scènes familières avec une profonde pudeur. Son œuvre est un témoignage d'une rare précision sur la vie quotidienne du front .
Pendant quatre ans, Méheut écrira fréquemment à sa femme. L'importance de cette correspondance n'est certes pas exceptionnelle car chaque soldat envoie une à deux lettres par jour à sa famille en période calme, mais l'originalité de ces lettres réside dans leurs illustrations car dit-il «écrire est une chose terrible, ça ne va pas assez vite». Comme lui, de nombreux artistes comme Camille Godet, Jean-Julien Lemordant préféreront peindre la guerre plutôt que de la décrire.
 
Certains dessins vont illustrer l'article d'Armand Dayot sur Méheut, Un artiste combattant, dans L'Illustration de 26 août 1916. Pour Jeunes ruines, il dessine en 1917 douze planches, exécutées «aux Armées» pour accompagner les poèmes d'André Selthic. En 1918, ses Croquis de guerre sont publiés chez Devambez. Enfin, en 1947, l'ancien combattant accepte de faire revivre ces moments dramatiques dans Les Croix de bois de Roland Dorgelès. Il illustre ce livre avec les anciens croquis exécutés trente ans plus tôt et auxquels il confère une connotation plus tragique.
 
Rendu à la vie civile en 1919, Méheut réalise encore quelques estampes pour la carte de vœux de la 1ère Armée puis cesse de peindre la guerre pour se consacrer à sa carrière. Méheut n'est pas un artiste engagé, contrairement à d'autres artistes comme Jean-Julien Lemordant qui, marqué au fer rouge par le conflit, fut un peintre du «plus jamais ça».
  • "Un guetteur, bois de la Gruerie", musée Mathurin Méheut
  • "L'entrée d'une tranchée de luxe", musée Mathurin Méheut
  • "Brancardiers de la croix rouge", musée Mathurin Méheut