Mathurin Méheut

De Bretagne et d'ailleurs

"Images de mon pays et d'ailleurs". C'est le titre que Méheut avait choisi pour son exposition parisienne en 1955, opposant sa "bretonnité" à l'ailleurs.

Méheut n'est pas ce qu'il est convenu d'appeler un artiste voyageur. Il n'éprouve pas spontanément le besoin de partir à la découverte de contrées lointaines et des terres coloniales. Peintre de la Marine en 1921, il n'a jamais sollicité les embarquements que ses collègues recherchent et il imaginera des "fantaisies" malgaches pour le décor du paquebot Maréchal Joffre... Il se fait très rarement touriste ; il s'est laissé entraîner en famille dans une croisière vers l'Egypte et l'est méditérranéen et tardivement en Espagne. S'il séjourne à Dax, c'est pour soigner des rhumatismes récurrents et, en dehors des résiniers de la forêt landaise, il trouve le pays inintéressant.

S'il a eu maintes occasions de découvrir l'ailleurs, c'est à chaque fois à la suite d'une proposition ou d'une commande précise. En 1913, c'est l'obtention d'une bourse de la fondation Albert Kahn qui l'entraîne "Autour du monde", à Hawaï et au Japon. Mais le voyage est interrompu par la guerre.

En 1930, la commande prestigieuse du décor du Hall des nations, dans l'immeuble H.J.Heinz à Pittsburg l'amène aux Etats-Unis. Il se laisse peu distraire de ce travail pour quelques paysages urbains.

En 1932, les Messageries Maritimes l'envoient en Crète préparer le décor de l'Aramis. L'escale au Pirée lui laisse le temps de peindre l'Acropole et dans l'île, il croque les Crétois qu'il croise, avant d'arpenter les vestiges du palais de Cnossos, pour mieux imaginer les chasses et les jeux antiques des vingt-sept compositions du décor qu'on lui a commandé.

L' ailleurs, pour Méheut, couvre surtout d'autres régions françaises. Celle qui lui est la plus chère, après la Bretagne, est la Provence. Invité par Albert Kahn à Cap Martin, il a découvert le midi méditérranéen dés 1924. Il y reviendra souvent avant de faire construire sa maison à Cassis en 1933. Là, il séjourne régulièrement en septembre, après les "vacances" bretonnes. Et il croque à tout va, les espèces végétales, les costumes des Arlésiennes, les pêcheurs de rascasses et il fréquente les chantiers de la Ciotat et les arènes. Le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer le fascine particulièrement et il avait rêvé d'un livre qui aurait rassemblé ses pardons préférés, Sainte-Anne-la-Palud, la Troménie de Locronan et les Saintes-Maries-de-la-Mer. Tardivement, il entreprend, en compagnie de son élève et amie Yvonne Jean-Haffen, une exploration systématique de la région pour illustrer le livre de Marie Mauron En parcourant la Provence (1954). Comme en Bretagne, Méheut s'attache davantage à fixer les modes de l'activité humaine vouées à disparaître.

C'est également presque toujours pour répondre à des commandes qu'il entreprend d'explorer d'autres régions de France, séjournant à Barbizon et dans les Vosges pour l'Etude de la forêt (1927), en Sologne pour le Raboliot de Maurice Genevoix (1928), à Rambouillet pour peindre une scène de chasse à courre (en 1954).

Dans son exposition de 1955, s'il on fait le bilan de ses choix et de sa carrière, une soixantaine d'œuvres seulement concernaient la Bretagne sur les 157 exposées ; c'est dire que l' ailleurs a tenu aussi une grande place dans sa vie.


Par Denise Delouche, historienne d'art

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​Nouvelle exposition depuis le 8 avril 2017

Mathurin Méheut, impressions gravées
Du 8 avril au 30 décembre 2017

Exposition de gravures contemporaines

Messagier, Papart, Magritte, Chillida, Clavé, Riopelle... Jusqu'au 30 septembre 2017

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Mathurin Méheut, Porteur de palanche, musée Mathurin Méheut.