Mathurin Méheut

Le plus populaire des artistes bretons

Parmi les artistes bretons de cette première partie du XXe siècle, Mathurin Méheut est certainement le plus prolifique, le plus polyvalent et le plus populaire. Certes, mais toute sa carrière est parisienne.

Après l'enfance à Lamballe et des études à Rennes, il s'est installé définitivement à Paris en 1902. Même pendant l'occupation, quand il est professeur à l'école des Beaux-Arts de Rennes, il y réside peu. Mais le parisien qu'il est devenu revient souvent en Bretagne, à l'occasion de commandes qui l'obligent à développer sa documentation, tous les ans pendant l'été. Son attachement à la Bretagne est très fort.

Quels sont ses lieux privilégiés ?

En haute-Bretagne, ils sont moins nombreux et plus circonscrits : Lamballe et le Penthièvre où il reviendra quelquefois, Dinan où il rend visite à Yvonne Jean-Haffen et Saint-Malo où il enquête sur les terre-neuvas, Tréguier où sa fidélité à saint Yves l'attire au pardon, la Brière et le pays des paludiers de la presqu'île guérandaise.

La Basse-Bretagne, plus haute en couleurs, lui est beaucoup plus familière. L'été, il ne se lasse pas de parcourir tout le Finistère, de Pont-l'Abbé à Roscoff, du Folgoët au Faouët. C'est à Roscoff que tout à commencé ; il y séjourne de 1910 à 1912, en mission d'étude au laboratoire maritime de la station de biologie. Les dessins qu'il accumulent sur la faune et la flore de la Manche lui permettront d'illustrer un livre en deux tomes en 1913, Etude de la Mer, faune et flore de la Manche et de l'Océan. Il y puisera une grande partie de son inspiration, aussi bien pour la gravure, la peinture, la sculpture, l'illustration, le décor...

A Roscoff, il découvre aussi la Bretagne profonde, celle des paysans, des goémoniers et des marins. Au-délà de la nature, c'est le travail des hommes et des femmes qui va orienter toute sa carrière. Après la guerre, un long séjour à Penmarc'h le plonge dans l'originalité bigoudène, qu'il tente d'exprimer, entre autres, dans une belle série de gravures réalisées en 1921.

Plus tard, ses attaches préférées sont à Quimper, Pont-l'Abbé ou Douarnenez où il a des amis fidèles. A Quimper, sa collaboration à la faïencerie Henriot donne des services de table qui connaissent le succès à l'Exposition internationale des arts décoratifs en 1925, le Service de la Mer et le service dit de la galette, premières pièces d'une abondante production. A Pont-l'Abbé, l'amitié de Marie-Anne Le Minor lui permettra de pénétrer le monde des brodeurs.

Dans cette Bretagne, ses choix vont au pittoresque inhérent à une province où la modernisation est à peine entamée : les pêcheurs au travail, leurs maisons, les artisans, leurs outils et leurs techniques. Très conscient que cette civilisation est appelée à disparaître à plus ou moins brève échéance, il s'est donné pour mission de rassembler sur le vif les modes de la vie quotidienne. La beauté et la diversité des costumes le passionnent particulièrement. Pour les observer, les occasions privilégiées qu'il recherche sont les foires et marchés, les pardons, surtout ceux qui rassemblent les pélerins de diverses régions. Le Folgoët, Locronan, Sainte-Anne-la-Palud le voient souvent revenir. Il peut y saisir l'évolution des costumes traditionnels en se désolant de leur disparition progressive.

Pour autant, Méheut n'est pas seulement l'homme du passé qu'on a parfois dénoncé, ni le chantre nostalgique de temps révolu. Il sait aussi capter les images d'une modernité qui s'installe. Il aime se plonger dans l'animation des ports : Douarnenez, Camaret, Concarneau avec leurs chantiers de construction navale et les développements de la grande pêche. Les derniers livres qu'il a illustrés avec d'autres artistes, Une porte de l'Europe, Nantes (1951) et Pêcheurs des quatre mers (1957) l'entraînent vers cette modernité.


Par Denise Delouche, historienne d'art

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​Nouvelle exposition depuis le 8 avril 2017

Mathurin Méheut, impressions gravées
Du 8 avril au 30 décembre 2017

Exposition de gravures contemporaines

Messagier, Papart, Magritte, Chillida, Clavé, Riopelle... Jusqu'au 30 septembre 2017

Voir l'exposition 2017

Mathurin Méheut, Goémonière à la civière, pays bigouden, musée Mathurin Méheut